Histoire de la CGT
La CGT depuis 1895
La CGT incarne 120 ans d’expériences syndicales. Plus d’un siècle d’engagements avec les travailleuses et les travailleurs pour une vie meilleure, digne, libre. 120 ans de solidarité avec les travailleurs du monde entier. Il y a beaucoup à comprendre de ce passé, ignoré ou caricaturé par les médias dominants, qui a façonné le monde actuel. Les racines du syndicalisme du 21e siècle, celui que nous connaissons aujourd’hui, s’ancrent dans la France du dernier tiers du 19e siècle, avant même le plein essor du capitalisme.
C’est en effet, la révolution industrielle, sous le second Empire, qui provoque l’apparition progressive d’une classe ouvrière moins atomisée. Cette agrégation favorise la conscience de classe qui va propulser la classe ouvrière au rang d’acteur social majeur.
Les origines
Le syndicalisme naissant s’émancipe des formes anciennes de regroupements corporatifs qui, tels les compagnonnages, assuraient des formes de solidarité élémentaires, souvent circonscrites aux professions.
Dès avant 1848, en dépit de la loi Le Chapelier et de l’interdiction de se coaliser, les travailleurs forment, en assez grand nombre, des associations mutualistes. La loi de 1864 lève cet interdit et déclare licite le droit de grève. Les chambres syndicales tolérées à partir de 1868, se multiplient ; des fédérations, locales et nationales, par métiers se mettent en place. Beaucoup sont en contact ou adhèrent à l’Association internationale des travailleurs créée à Londres, en 1864.
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En 1871, la Commune de Paris est écrasée dans le sang et le jeune mouvement ouvrier s’en trouve décapité. Dès 1872, celui-ci se reconstitue.
En 1884, la loi Waldeck-Rousseau légalise les syndicats. Peu à peu, deux principes d’organisation s’affirment. Le premier repose sur les solidarités corporatives par branche d’industrie, que réalisent les fédérations nationales professionnelles et la Fédération nationale des syndicats formée en 1886 par les guesdistes. Le second privilégie les solidarités interprofessionnelles à l’échelle des bassins d’emplois au moyen de fédérations locales, que rassemble, en 1892, la Fédération nationale des Bourses du travail animée par Fernand Pelloutier.
La naissance
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En 1895, à Limoges, ces deux conceptions du syndicalisme se combinent pour donner naissance à la Confédération générale du travail dont les structures seront consolidées en 1902 à travers l’existence des sections des fédérations professionnelles et des bourses du Travail.
Les premiers pas de la CGT sont hésitants, les clivages politiques sont nombreux. Au Congrès de 1906, alors que la lutte pour les 8 heures et les grèves prennent de l’ampleur, les délégués se retrouvent autour d’ambitions communes. En effet, la Charte d’Amiens assigne trois tâches fondamentales au syndicalisme : la lutte des classes, la « double besogne » (action pour le quotidien et pour la transformation sociale), l’indépendance vis à vis des partis, des Églises, de l’État et du patronat. Pour une majorité, ces positions se confondent avec l’orientation syndicaliste révolutionnaire qui fait du syndicat l’instrument de l’émancipation ouvrière et de la grève générale sa première étape. D’autres se réclament, en revanche, d’orientations réformistes.
Tandis que la CGT s’engage en faveur de la création de fédérations d’industrie, les unions départementales se substituent aux bourses du travail dans les structures confédérales à partir de 1913. Le fédéralisme, autrement dit le droit pour chaque organisation confédérée à s’administrer et à décider librement, constitue le principe d’organisation de la centrale.
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Les années difficiles
En 1912, les menaces de guerre dans les Balkans réactivent les positions antimilitaristes et pacifistes de la CGT.
Quand 1914 débute, la CGT qui perçoit les risques lance « la guerre à la guerre ». L’assassinat de Jean Jaurès bouleverse la donne. Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, et les principaux leaders cégétistes acceptent l’Union sacrée, provoquant un retournement d’orientation spectaculaire : la grève générale contre la guerre n’aura pas lieu.
Cette rupture avec la tradition syndicaliste antérieure a de lourdes conséquences. L’armistice du 11 novembre 1918 et la révolution de 1917 ouvrent de nouvelles perspectives à la classe ouvrière : des vagues de grèves accompagnent une poussée sans précédent de la syndicalisation. Pour parer à la progression de la minorité révolutionnaire, la majorité confédérale, groupée autour de Léon Jouhaux, décide d’expulser les syndicats oppositionnels. La CGT se scinde.
A compter de 1922, coexistent deux centrales : la CGT de Léon Jouhaux (confédérée) et la CGT-U (unitaire). Cette division dure treize ans au cours desquels deux types de syndicalisme coexistent et se déchirent. L’un, d’essence réformiste, attaché à la négociation et à la présence dans les institutions ; l’autre, révolutionnaire, privilégie la grève et articule ses initiatives et ses orientations à celles du Parti communiste. Toutes deux regroupent, inégalement, des fonctionnaires qui ont obtenu de facto le droit de se syndiquer en 1924. Cette division, le contexte créé par la dépression économique de 1929, et ses répercussions en France, paralysent l’action syndicale.
1936 : L’unité reconstruite
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Le rassemblement antifasciste, d’abord initié par la CGT à partir de février 1934, contribue à surmonter la division d’autant que communistes, socialistes et radicaux s’entendent pour une issue politique.
En 1936, les grévistes engrangent des conquêtes sociales. Ici, une grève dans un atelier de la métallurgie à Lyon.
A Toulouse, en mars 1936, CGT et CGT-U se réunifient. La CGT apporte son soutien au programme du Front populaire. En juin 1936, c’est la victoire ! Aussitôt prolongée par une vague de grèves conclue par l’Accord Matignon qui consigne d’historiques conquêtes sociales (l’augmentation des salaires, le droit d’adhérer librement à un syndicat, les délégués ouvriers, la création des conventions collectives. Les 40 heures et les congés payés sont aussi gagnés). Pour la première fois dans l’histoire sociale du pays, la syndicalisation devient un phénomène de masse qui profite largement aux ex-unitaires et à leurs conceptions liant mobilisation et acquis sociaux, mais cela est de courte durée. La droite et le patronat exploitent les failles du Front populaire, la Guerre d’Espagne entraîne des divergences. La signature, en 1939, du Pacte de non-agression entre l’URSS et l’Allemagne fournit le prétexte à l’expulsion de la CGT des militants communistes et des syndicats qu’ils dirigent. La droite exulte : « Plutôt Hitler que le Front populaire » !
Les années noires
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La Seconde Guerre mondiale disloque le syndicalisme ; les grèves sont interdites. La CGT est dissoute en novembre 1940, elle ne survit que de manière officieuse ou clandestine. La CGT engagés dans la Résistance animent un combat anti hitlérien de premier ordre ; nombre d’entre eux sont arrêtés, déportés, fusillés.
La CGT est membre fondatrice du Conseil national de la Résistance. A la Libération, réunifiée, la Confédération regroupe cinq millions d’adhérents. Léon Jouhaux et Benoît Frachon sont co-secrétaires généraux.
1943 : La CGT et le Conseil National de la Résistance
Le 18 août 1944, la CGT appelle à la grève insurrectionnelle. Paris est libéré par les forces populaires. En 1943, la Résistance se fédère dans le Conseil National de la Résistance ; pour y parvenir le chemin fut long parfois tragique. Cette période, caractérisée par un formidable effort de reconstruction du pays et un rapport des forces favorable aux travailleurs, permet de notables avancées sociales et économiques : nationalisations, Sécurité sociale, comités d’entreprises, statut de la Fonction publique, délégués du personnel…
L’installation de la guerre froide, dès 1947, va lourdement peser sur la CGT qui, favorable à l’indépendance du peuple indochinois, lutte pour le progrès social et contre le plan Marshal. Sur tous ces points, les ex-confédérés, organisés en tendance autour du journal Force ouvrière, sont en opposition avec la très large majorité des syndiqués. Soutenus par les forces syndicales et politiques anticommunistes, françaises et étrangères, notamment américaines, ils provoquent une nouvelle scission.
À nouveau l’unité de la CGT est brisée comme est brisée l’unité syndicale internationale un moment réalisée dans la Fédération syndicale mondiale. Le syndicalisme français s’installe dans le pluralisme (CGT, CFTC [1919], CGC [1944], CGT-FO) et le recul de la syndicalisation.
Les années 1947 et 1948 se caractérisent par la dureté des affrontements sociaux et une dure répression. L’anticégétisme d’Etat frappe de nombreux militants qui, au début des années 1950 sont arrêtés, emprisonnés ou contraints à la clandestinité comme Benoît Frachon alors Secrétaire général.
La guerre sans nom
Entre 1954 et jusqu’en 1962, la guerre d’Algérie pèse sur le mouvement social. Sur le front des revendications, la Confédération centre ses actions sur les salaires, la diminution de la durée du travail et contre les l’augmentation des cadences. Favorable à l’indépendance de l’Algérie, elle dénonce l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, en 1958.
Au printemps 1963, la grève des mineurs inflige à de Gaulle un premier échec. Commence alors, une nouvelle séquence pour le mouvement social.
1968 : Le joli mois de mai
En mai-juin 1968, la grève se généralise, les usines sont occupées ; les acquis sociaux sont notables. Début 1968, un mouvement étudiant nait à la faculté de Nanterre. La répression policière (10-11 mai) conduit l’Unef, la CGT, la CFDT et la FEN à organiser une grève et des manifestations le 13 mai. Une nouvelle phase débute. Le constat de Grenelle (hausse du Smig, création de la section syndicale d’entreprise, promesse de réduction du temps de travail…) et les nombreux accords de branches et d’entreprises constituent d’appréciables résultats.